Yuko Iizuka, Economist
AMO

La transformation numérique, un facteur clé pour pérenniser les augmentations salariales| 17 Janvier 2022 |Investissements & Marchés – Japon

Un cercle vertueux de croissance et de distribution : afin de concrétiser cette vision de l’administration Kishida, la réforme fiscale de 2022 se concentrera sur un système fiscal qui encourage les entreprises à augmenter les salaires.

Le parti au pouvoir prévoit d’étendre l’incitation fiscale aux augmentations de salaire en déduisant un certain pourcentage de l’augmentation des salaires du taux d’imposition des sociétés. Plus précisément, il entend porter la déduction à un niveau élevé inédit, jusqu’à 30 % pour les grandes entreprises et 40 % pour les PME. En revanche, les conditions d’application seront plus strictes. Actuellement, les grandes entreprises sont éligibles au crédit d’impôt à l’investissement si leur masse salariale totale d’employés permanents a simplement augmenté par rapport à l’exercice précédent, ou si elles ont réalisé des investissements sur le marché domestique. A l’avenir, les grandes entreprises ne pourront rester éligibles aux incitations fiscales pour la R&D et l’amélioration de la productivité que si la hausse de leur masse salariale atteint au moins 1 % (0,5 % en FY2022). En outre, elles devront exposer sur leur site internet leur politique salariale et commerciale (incluant, par exemple, le développement de relations sociales sur un pied d’égalité avec les sous-traitants) (figure 1).

Figure 1. Mesures visant à encourager les augmentations de salaires actives dans la réforme fiscale

Ce système fiscal visant à favoriser les augmentations de salaire a été mis en place par l’administration Abe qui voulait mettre fin à la déflation en créant un cercle vertueux de hausse des prix et des salaires. À l’époque, le gouvernement faisait pression pour des augmentations de salaire au « Shunto » (négociations salariales annuelles entre syndicats et employeurs), ce qui a permis une augmentation des salaires d’environ 2 % par an depuis 2014. Pourtant, la hausse générale des salaires, à l’exclusion de ces augmentations régulières, est restée dans la fourchette de 0 %.

Dans ce contexte, le train de réformes fiscales du parti au pouvoir contient un message clair sur la prétendue spirale négative du comportement des entreprises : les niveaux de salaires sont pratiquement statiques depuis plus de 30 ans et le volume de l’investissement en capital humain et actifs incorporels est inférieur à celui des autres grandes économies. Dans le même temps, les rendements des actionnaires et les bénéfices non répartis ont continué d’augmenter, dans un contexte économique d’austérité, les entreprises continuant de privilégier la réduction des coûts et des prix, comme source de compétitivité, au détriment de l’innovation.

Si l’on analyse l’augmentation des dépenses des entreprises entre 2010 (pré- Abenomics) et 2018 (pré-pandémie Covid), les coûts de main-d’œuvre n’ont augmenté que d’environ 14 000 milliards de yens et les investissements en capital de 16 000 milliards. D’un autre côté, les liquidités et dépôts ont grossi de 58 000 milliards de yens et les bénéfices non répartis de 169 000 milliards. Enfin, les dividendes ont également crû de 16 000 milliards de yens, dépassant les dépenses de personnel (figure 2).

Figure 2.  Situation financière des sociétés

Le « cercle vertueux de la croissance et de la distribution » se déroule comme suit : les entreprises, à la recherche de profits plus élevés, investissent de manière agressive pour offrir de nouveaux produits et services grâce à l’innovation ; il en résulte une amélioration de la productivité du travail, permettant d’augmenter les salaires et, conséquemment, de justifier les augmentations de prix. Jusqu’à présent, les entreprises n’ont pas pu rentrer dans ce cycle. Afin d’obtenir une augmentation durable des salaires, plutôt qu’une augmentation ponctuelle, un coup de pouce du système fiscal s’avère en effet nécessaire, de même qu’une augmentation de la productivité du travail et des attentes de croissance.

Le Centre japonais de recherche économique a publié un rapport sur le potentiel de croissance du Japon basé sur une prévision à long terme. Le PIB par habitant du Japon a déjà été dépassé par Singapour et Hong Kong (figure 3), et le sera bientôt par la Corée du Sud et Taïwan, dans les années 2020. Cela est dû au retard de transformation digitale du Japon. Selon le rapport, alors que le Japon compte un nombre élevé d’abonnés à la téléphonie mobile et progresse dans le développement des communications et autres infrastructures digitales, ses industries informatiques dédiées à la gestion du capital humain et à la R&D sont faibles.

Transformation digitale et productivité du travail sont liées. Face au déclin inexorable de la population active du Japon, l’amélioration de la productivité du travail et l’augmentation des investissements pour y parvenir sont une priorité absolue. Sur la base des finances des entreprises, la productivité du travail (valeur ajoutée par salarié) et le ratio d’équipement du travail (investissement en capital par salarié) ont cessé de croître depuis 2000 (figure 4).

Figure 3. PIB par habitant

Figure 4. Productivité du travail et ratio d’équipement du travail

La pandémie a mis en évidence un certain nombre de problèmes au Japon, notamment l’usage persistant du « hanko » (sceau physique utilisé pour l’approbation de documents) et des télécopieurs, la tenue de relations commerciales en face-à-face et l’insuffisance de l’éducation en informatique. Par nécessité, des progrès ont été réalisés. Le projet de loi de réforme numérique, adopté en mai 2021, prévoit la suppression du hanko dans les démarches administratives. Dans le domaine de l’éducation, le concept d’école GIGA (développement de l’Environnement Numérique du Travail dans l’éducation) est mis en œuvre et, dès la fin mars 2021, une borne pédagogique sera mise à disposition de chaque élève du primaire et du collège.

Parmi les mesures économiques approuvées par le Cabinet en novembre 2021, outre le renforcement du développement des ressources humaines numériques, sont également inclus le développement des ressources humaines pour les jeunes chercheurs et le soutien aux start-ups. Certes, la taille du budget est encore faible, mais l’administration Kishida fait preuve d’un engagement inédit dans la transformation numérique en créant deux nouveaux comités dédiés au numérique : le premier1 pilote un panel de cités-jardins numériques visant à utiliser les technologies pour revitaliser les économies régionales du Japon en difficulté ; le second2 se consacre à la promotion de vastes réformes réglementaires et administratives numériques.

À court terme, les hausses de salaires contribueront à tempérer la tendance profonde des ménages à épargner. Cette évolution, de concert avec le soutien inédit de l’administration Kishida à la transformation numérique, est à même d’initier un cercle vertueux permettant des augmentations salariales durables tout en sécurisant les bénéfices, grâce à une politique de juste prix, plutôt qu’à une guerre des prix, et à l’amélioration de la productivité du travail. n

1 Council for a Vision for a Digital Garden City Nation Realization

2 Digital Extraordinary Administrative Advisory Committee

Source : Cabinet du Premier ministre du Japon

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