David Stonehouse, MBA, CFA
AGF Capital

Inflation : d’un pic transitoire à un pic persistant ? | 6 janvier 2022 | Investissements & Marchés

Le mois d’août dernier semble être à une centaine d’années-lumière derrière nous. L’été battait encore son plein. Les enfants se préparaient à retourner à l’école. Partout dans le monde, les économies rouvraient prudemment, malgré la propagation du variant Delta. Sur les marchés de taux, la plupart des investisseurs misaient sur le fait que la Réserve fédérale américaine et d’autres autorités monétaires avaient raison de croire au caractère transitoire de l’inflation observée depuis le deuxième trimestre 2021. À l’époque, ce consensus sur l’inflation était si clair que cela nous avait inspiré un article dans lequel nous nous demandions si les marchés ne se trompaient pas, en croyant que l’inflation avait réellement atteint un pic d’inflation transitoire, et nous avancions certains éléments laissant à penser que l’inflation pouvait persister plus longtemps que prévu.

Les événements nous ont quasiment donné raison. L’inflation s’est avérée remarquablement persistante, et forte, atteignant en octobre des sommets inégalés depuis trois décennies aux États-Unis. Depuis, la Fed a prévu une réduction plus rapide de son programme d’achats d’obligations et une accélération des hausses de taux d’intérêt à compter de la mi-2022, et ce, en grande partie parce qu’elle pense que l’inflation restera supérieure à la tendance pendant un certain temps. Sur les marchés obligataires, le taux d’équilibre à cinq ans du Trésor américain—qui indique les anticipations d’inflation des investisseurs obligataires pour les cinq prochaines années—a atteint son plus haut niveau du millénaire à la mi-novembre, soit 3,1 %, selon la Réserve fédérale de St. Louis. Depuis, le taux d’équilibre à cinq ans a quelque peu diminué, mais demeure élevé par rapport aux normes post-Grande Récession. En bref, les anticipations d’inflation parmi les décideurs politiques et investisseurs semblent avoir changé, assez rapidement.

La question est maintenant de savoir si les marchés ne sont pas allés trop loin, en considérant que l’inflation pouvait durer et rester, pendant encore longtemps, au niveau actuel élevé. En d’autres termes, les marchés n’ont-ils pas trop poussé leur analyse selon laquelle la forte inflation actuelle persistera ? Le fait de poser cette question aujourd’hui peut sembler une volte-face radicale, par rapport à nos réflexions antérieures sur le pic transitoire. Mais aujourd’hui, les conditions de marché changent rapidement, et nous croyons qu’il y a des raisons de penser que les anticipations d’une inflation persistante sont trop élevées.

L’une des caractéristiques déterminantes de l’environnement depuis la pandémie Covid-19 a été la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Celle-ci a eu un impact considérable sur les prix. Pourtant, il existe de plus en plus de signes, bien que précurseurs, montrant que la crise de la chaîne d’approvisionnement commence à se résorber. Aux États-Unis, les ports ont commencé à rouvrir. Selon les données de Bloomberg, le Baltic Dry Index—l’indicateur de l’évolution des coûts du fret maritime— est en forte baisse depuis octobre, tout comme les prix des conteneurs maritimes. Certes, ces baisses de fin d’année sont un phénomène saisonnier, mais les tarifs de conteneurs ayant augmenté à la fin de 2020, un retour aux normes historiques pourrait être le signe d’un début de stabilisation des chaînes d’approvisionnement.

Cependant, alors même que ces premiers signaux de reprise sont apparus, l’économie mondiale est aux prises avec l’impact potentiel d’un nouveau variant de la Covid-19. Omicron recèle encore des inconnues, mais les données disponibles indiquent que, même s’il est hautement contagieux, il s’accompagne de symptômes moins graves. Cela laisse à penser que les cas Omicron pourraient croître et décroitre sur une période de temps beaucoup plus courte que les précédentes vagues de la pandémie. Si tel était le cas, la réduction des cas Omicron plaiderait pour une réouverture dynamique de l’économie mondiale, peut-être dès février ou mars.

La reprise de l’activité économique ne signifie pas nécessairement une remontée de l’inflation. A ce stade avancé de la pandémie, nous pouvons nous attendre à ce que les dépenses de consommation se détournent des biens matériels au profit des services. Il y a une limite aux sommes que les gens peuvent consacrer à l’achat de nouveaux canapés, de vélos d’appartement, ou à la rénovation de leur maison ; tôt au tard, ils voudront retourner dans les restaurants, bars et cinémas, ou prendre de dispendieuses vacances, jusque-là reportées en raison des restrictions de voyage et des quarantaines. Si les dépenses de services pouvaient stimuler la croissance de la consommation au cours de l’année à venir, la demande de biens pourrait fléchir, au moins en partie, ce qui aurait un effet modérateur sur les prix.

Nous observons peut-être déjà l’effet combiné de ces forces sur les prix des produits de base qui ont commencé à fléchir. Selon les données de Bloomberg, les prix du pétrole étaient en janvier 2022 inférieurs à leurs sommets d’octobre. Les prix de nombreux autres produits de base importants ont également reculé. Tout cela devrait se traduire par une inflation globale plus faible et plus stable au cours des prochains mois.

« L’effet anniversaire » va inévitablement se répercuter sur les chiffres de l’inflation. En effet, les niveaux records des données d’inflation mensuelles de 2021 étaient dus en grande partie au rebond qui a suivi les plus bas niveaux de 2020, et il est pratiquement impossible que de telles hausses se renouvellent en 2022. Les données sur l’inflation annuelle devraient donc atteindre leur plus haut niveau vers la fin du premier trimestre, ce qui donne une autre raison de penser qu’un plateau a été atteint.

Un dernier facteur plaide pour l’arrivée de ce plateau : la politique monétaire. L’accélération du resserrement de la politique monétaire de la Fed devrait atténuer la pression sur les prix. Bien sûr, il est toujours possible que la Fed commette une « erreur » dans sa politique, en opérant une normalisation trop importante ou trop rapide, au point d’ébranler les marchés, ce qui la forcerait à faire marche arrière. Cela s’est déjà produit, aussi récemment qu’en 2018, et pourrait se reproduire.

Si l’atteinte de ce plateau se confirme, l’impact sur les marchés de taux pourrait être spectaculaire et donc encourageant. Alors que 2021 compte parmi les pires années jamais enregistrées pour les rendements obligataires, le ralentissement de l’inflation en 2022 pourrait placer les investisseurs en titres à revenu fixe en bien meilleure position. Historiquement, nos recherches montrent que les marchés obligataires baissiers cycliques duraient un peu plus d’un an à un peu plus de deux ans, et que, à fin 2021, le marché baissier actuel durait déjà depuis 16 mois. Nous nous attendons donc à ce qu’il prenne fin avant la fin de l’année 2022.

Taux d’inflation prévisionnel sur cinq ans de la Réserve fédérale américaine

Bien entendu, d’autres forces pourraient contribuer à nourrir une inflation supérieure à la tendance. Aux États-Unis par exemple, le marché locatif continue d’être en effervescence, et nous pourrions ne voir que le début de l’inflation des salaires. Pourtant, face à ces facteurs, il existe des signes clairs et croissants que l’inflation pourrait ne pas être aussi persistante en 2022 que de nombreux acteurs du marché le prévoyaient encore récemment. En effet, certains indicateurs de marché de l’inflation à plus long terme, tels que le point mort d’inflation implicite à cinq ans de la Réserve fédérale ou le taux de swap sur l’inflation à cinq ans des États-Unis, restent remarquablement contenus face à une génération de données records d’inflation, selon les données de Bloomberg.

En conclusion, sur les marchés des titres à revenu fixe, comme dans le monde réel, les choses peuvent rapidement changer…

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales ou de ses sociétés affiliées, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement. Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 27 décembre 2021. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils exhaustifs en matière de placement applicables à la situation d’une personne en particulier. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Les conditions du marché peuvent changer et Placements AGF n’accepte aucune responsabilité pour des décisions de placement prises par des individus et découlant de l’utilisation ou sur la foi des renseignements contenus dans ce document. Les références concernant des titres spécifiques sont présentées uniquement pour illustrer l’application de notre philosophie de placement et ne représentent pas tous les titres achetés, vendus ou recommandés pour le portefeuille. Il ne faut pas supposer que les placements dans les titres mentionnés ont été ou seront rentables et ces références ne doivent pas être considérées comme des recommandations de Placements AGF Inc.

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