Kevin McCreadie, MBA, CFA
AGF Capital

La loterie des mesures de relance | 22 avril 2021 | Marchés & Investissements

La loterie des mesures de relance

Les gouvernements continuent d’injecter des montants record dans l’économie. Toutefois, à mesure que la reprise s’installe, les segments du marché boursier ne profiteront pas tous équitablement de ce flux continu d’aides, et il n’est pas garanti que les avantages surpassent indéfiniment les coûts. Kevin McCreadie, chef de la direction et chef des investissements à AGF, fait le point sur l’incidence que ces politiques budgétaires sans précédent à travers le monde pourraient avoir sur les marchés et sur la façon dont les investisseurs pourraient positionner leurs portefeuilles pour tirer le plus parti de cette situation.

Les mesures de relance budgétaire aux États-Unis et partout dans le monde ont été un catalyseur important qui a permis de faire grimper les marchés boursiers tout au long de l’année dernière. Y a-t-il une limite à l’effet positif que ces mesures peuvent avoir sur les actions ?

Une limite existe, cela ne fait aucun doute, mais les actions ont encore une marge de progression avant que cette limite soit atteinte et que les programmes de relance budgétaire deviennent un obstacle. Prenons l’exemple des dernières semaines : l’indice S&P 500 et d’autres indices mondiaux généraux ont légèrement chancelé à l’approche du mois de mars, puis sont remontés une fois qu’il est apparu évident que le Congrès américain allait approuver un projet de relance de 1 900 milliards $US. Bien sûr, si les investisseurs se sont sentis déstabilisés, c’est avant tout par peur qu’une telle enveloppe budgétaire provoque un retour de l’inflation et une hausse des taux de rendement obligataire. Toutefois, même si les investisseurs commencent à prendre conscience des risques que comporte une multiplication des aides gouvernementales, ces risques sont envisagés à long terme et sont éclipsés par les avantages immédiats procurés par cette aide. Par exemple, dans le cas des États-Unis, le plan de relance voté en mars, combiné à l’accélération du rythme de vaccination (et, donc, à une réouverture plus massive de l’économie), se traduira certainement par une forte croissance des dépenses au cours des prochains mois, lorsque la demande réprimée tout au long des confinements pourra de nouveau s’exprimer. Qui plus est, les avantages devraient continuer de primer sur les coûts pendant encore quelque temps, surtout si certaines estimations se réalisent, selon lesquelles plus de 50 % du montant du plan de relance américain se retrouvera, en fin de compte, sur les marchés boursiers une fois que les aides seront entièrement déployées.

Mais alors, quand cette mesure de relance deviendra-t-elle davantage un problème ?

C’est difficile à déterminer avec exactitude mais, outre la hausse attendue de l’inflation, les investisseurs redoutent notamment la perspective d’une augmentation des impôts, ce qui pourrait se produire très prochainement. En effet, les gouvernements doivent trouver un moyen de financer leurs dépenses sans précédent, et la solution la plus logique consiste à accroître les recettes fiscales. Le président américain Joe Biden, par exemple, a déjà émis l’idée d’une hausse conséquente des impôts, ainsi que de nouveaux investissements dans les infrastructures. Même si rien ne permet encore de savoir concrètement s’il parviendra à faire voter ce projet par le Congrès, de nombreux investisseurs prêtent sans nul doute une vive attention à la rhétorique employée par Washington et le feront encore davantage à mesure que des précisions seront apportées au cours des prochaines semaines. Selon certaines estimations, une hausse des impôts des entreprises pourrait réduire les bénéfices de 4 % à 6 %, tandis qu’un alourdissement des impôts des particuliers pourrait entraver la consommation et également nuire aux bénéfices des entreprises qui traitent avec les consommateurs. Par conséquent, le marché boursier pourrait bien devoir composer avec des bénéfices amoindris à mesure que nous avançons vers la seconde moitié de l’année et que nous commençons à payer une partie de la facture des mesures de relance.

En attendant, quels segments du marché boursier bénéficieront vraisemblablement le plus des mesures d’aide prises par les gouvernements et les banques centrales ?

On observe déjà que les tendances qui guident le marché ces derniers mois ont changé par rapport au début de la reprise. Comme la plupart se rappelleront sûrement, ce sont les titres de croissance qui ont initié la remontée après le creux atteint au printemps dernier et ils ont continué de dominer tout au long de l’été, période pendant laquelle les investisseurs ont accumulé des titres dans le domaine des technologies liées au télétravail, car ceux-ci bénéficiaient clairement des effets du confinement, alors en vigueur, sur le plan économique. Toutefois, à l’automne, les titres de valeur ont commencé à prendre le dessus en bourse, et les secteurs cycliques du marché ont commencé à se relever, portés par la promesse d’une distribution de vaccins et d’un retour progressif à une situation économique plus normale.

Cette prédilection du marché n’a fait que s’accentuer ces dernières semaines et elle devrait fort probablement se maintenir jusqu’à ce que l’économie se redresse totalement et qu’un nouveau cycle débute plus clairement. Une période prolongée de surperformance pourrait alors s’ensuivre du côté de la finance, des biens industriels, de l’énergie et des matériels, ce qui pourrait aussi stimuler les titres à petite capitalisation et les marchés régionaux, tels que le Canada, qui sont fortement concentrés dans ces secteurs. Les investisseurs devraient néanmoins se montrer sélectifs à l’avenir : les secteurs cycliques sont, dans certains cas, déjà proches de la surchauffe et si un tel penchant vient à persister, il sera vraisemblablement nécessaire de privilégier davantage le cas par cas quant aux titres d’entreprises. Autrement dit, les paramètres fondamentaux des titres restent importants et pourraient jouer un rôle accru, après avoir été négligés lors des premiers mois de la reprise. Cela ne vaut d’ailleurs pas seulement pour les secteurs cycliques : l’opposition entre valeur et croissance qui façonne les marchés depuis un an n’est pas aussi simple qu’on le croit. La prédominance d’un facteur sur l’autre peut s’inverser à tout moment, comme cela a été le cas pendant quelques semaines, plus tôt cette année, et la frontière entre valeur et croissance peut aisément être brouillée.

Par conséquent, un portefeuille qui privilégie de façon trop marquée l’un ou l’autre de ces deux facteurs est nettement plus exposé aux épisodes de volatilité du marché qu’un portefeuille reposant sur une stratégie diversifiée « de l’haltère », laquelle profite des tendances du marché, mais de manière raisonnée.

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