Martin Grosskopf, VP et gestionnaire de portefeuille
AGF Investments

La grande transition | 21 janvier 2021

La grande transition

« La finance n’apportera pas de solutions aux changements climatiques, mais bon nombre des investissements et des innovations qui le feront sont à très forte intensité de capital. C’est pourquoi il est crucial que le système financier canalise les capitaux vers les investissements durables les plus prometteurs. » Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, novembre 2020.

L’impact économique et social de la COVID-19 au cours de l’année écoulée est incontestable. L’imposition de mesures de confinement par les gouvernements afin de contrôler la propagation du virus a provoqué l’une des récessions mondiales les plus profondes et les plus brutales de l’histoire moderne. Mais l’incidence à long terme de cette maladie sur la société et sur les marchés financiers pourrait s’avérer encore plus importante en raison de son influence sur la manière dont nous traitons d’autres problèmes systémiques tels que le changement climatique. La pandémie a mis en lumière l’ampleur et l’urgence de nos maux environnementaux et sociaux, et a renforcé la nécessité auprès des gouvernements, des investisseurs et des chefs d’entreprise de diriger plus efficacement les capitaux vers les entreprises qui offrent des solutions à ces problèmes complexes.

Ce faisant, il devient d’autant plus difficile d’envisager un contexte d’investissement qui n’est pas sensiblement différent de ce qu’il est aujourd’hui. L’accélération de la transition du capital vers des activités et des modèles d’entreprise qui adoptent la durabilité et la résilience dictera probablement les rendements du marché dans les années à venir.

Prenons l’Accord de Paris de 2015 comme point de départ. Dans le cadre de cet accord, les gouvernements du monde entier étaient convenus de limiter le réchauffement climatique à deux degrés Celsius, voire moins, et d’atteindre l’objectif de zéro émission nette (ou ZEN) (c’est-à-dire d’absorber la même quantité de carbone que celle émise) d’ici 2050. L’entente repose essentiellement sur la science du changement climatique et vise à éviter les pires scénarios qui pourraient se produire relativement aux catastrophes météorologiques potentielles. Mais l’année écoulée a démontré que pour avoir une chance raisonnable d’atteindre cet objectif en 2050, l’ampleur de la réduction des émissions devra être phénoménale. Par exemple, les confinements résultant de la COVID-19 ont permis de réduire de seulement 4 à 5 % les émissions mondiales de carbone. Ainsi, il faudrait maintenir ce niveau de réduction chaque année pour pouvoir réaliser l’objectif à long terme de ZEN en 2050.

Variation annuelle des émissions mondiales totales

Bien que cela soit improbable en pratique, cette ampleur décourageante démontre l’urgence d’une action réglementaire accrue. Sous l’influence du Pacte vert pour l’Europe, par exemple, les gouvernements du monde entier ont commencé à cibler leurs mesures de relance, s’adressant d’abord aux activités vertes telles que les énergies renouvelables, les véhicules électriques et l’efficacité des bâtiments, mais aussi aux activités dites de transition. Ce dernier objectif est beaucoup plus vaste que le premier et englobe les industries à forte intensité de carbone qui peuvent ou non survivre dans une économie verte. Il s’agit notamment d’industries qui font tellement partie intégrante de notre vie quotidienne qu’elles ne peuvent pas être simplement fermées et doivent plutôt faire l’objet d’une transition vers des émissions plus faibles, ce qui nécessite une reconfiguration de l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et des processus de production.

Alors que les investisseurs, les émetteurs et les prêteurs commencent à mesurer l’ampleur des changements nécessaires, les occasions sont devenues tout aussi importantes que les risques. Comme nous le proposons depuis longtemps (et comme le souligne M. Macklem, gouverneur de la Banque du Canada – cf. la citation au début de l’article), les capitaux amenés par les gouvernements commenceront à être investis dans des activités plus durables, et ce, aux dépens de celles qui portent une grande empreinte environnementale. Ces flux s’accéléreront en raison de la crainte d’un changement climatique non atténué, mais aussi de la course au leadership technologique dans les domaines des énergies renouvelables, des batteries, des véhicules électriques, de l’efficacité des bâtiments, de l’hydrogène et des biomatériaux. Un expert en finance durable pourrait préciser ces domaines de transition. Après tout, ceux-ci sont spécifiquement environnementaux par nature et peut-être prévisibles. Cependant, la COVID-19 met également à nu d’autres domaines sociaux en pleine transition.

Considérons l’inversion amorcée avant la pandémie du rapport de force en faveur des gouvernements plutôt que des actionnaires – les 12 000 milliards de dollars américains déployés aux fins de la relance mondiale, selon le Fonds monétaire international, ont exposé l’incapacité des marchés à orienter les capitaux de manière à assurer la résilience face à une catastrophe naturelle majeure ou à une crise sanitaire comparable. Entretemps, en un peu plus d’une décennie depuis la crise financière mondiale, une intervention accrue des gouvernements, sous forme d’hélicoptères monétaires et de premiers pas vers un revenu de base universel (théoriquement de nature temporaire, mais qui sera probablement réexaminé lors de la prochaine crise), semble maintenant inévitable. Une faible part des fonds alloués à ce jour s’attaque aux causes profondes de la pandémie, c’est-à-dire à un virus qui a été transmis de l’animal à l’homme (comme peuvent l’être 60 % des plus de 1 400 maladies infectieuses connues, selon un article paru le 22 mai dans la revue Foreign Affairs), ce qui laisse une marge de manœuvre suffisante aux investissements qui le font ainsi qu’à ceux qui contribuent à renforcer la résilience pour faire face aux conséquences.

Les scientifiques ont déjà longuement étudié l’interaction entre l’insécurité alimentaire, la dégradation de l’environnement et la propagation des pandémies, et les Nations unies ont directement abordé cette interaction lors de l’établissement d’objectifs de développement durable (ODD), qui fournissent une feuille de route à plus long terme aux gouvernements et aux investisseurs. En fait, entre 2014 et 2019, la population connaissant une certaine forme d’insécurité alimentaire est passée de 22,4 % à 25,9 % selon l’Organisation mondiale de la santé. Voilà une statistique surprenante étant donné que les ODD ont été lancés en 2015, mais elle expose, dans le présent contexte de pandémie, l’idée fausse en vertu de laquelle le protectionnisme peut réellement isoler les citoyens de la responsabilité d’agir et d’investir dans un esprit mondial.

En outre, la transition pourrait également décrire le système de pensions qui s’adapte à contrecœur à des taux d’intérêt historiquement bas et à l’impact de rendements réduits. Un taux de chômage systématiquement plus élevé, associé à un taux d’épargne plus élevé et à des rendements plus faibles, exercent des pressions qui ne s’atténueront probablement pas à la suite des augmentations incessantes des allocations passives en période de taux d’actualisation de zéro.

De même, les concepts de la retraite dans l’après-COVID intégrés dans certaines interprétations de la responsabilité fiduciaire devront certainement changer. Les retraités sont parmi les plus vulnérables à la mondialisation des risques sanitaires et environnementaux. Une définition étroite de la santé financière fondée sur la certitude des revenus ne peut pas compenser les risques relatifs aux actifs (propriétés de retraite, etc.) ou à la santé (qualité de l’air, pandémie, etc.).

Notre transition vers une économie plus durable n’est pas une tâche facile et, sous toutes ses formes, elle nécessitera une nouvelle réflexion, des capitaux additionnels, une prise de risque accrue et une plus grande urgence si nous voulons qu’elle réussisse. Il a peut-être fallu la tragédie d’une pandémie mondiale pour nous l’apprendre et pour mettre en lumière le précepte : « il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. »

Martin Grosskopf est Vice-président et gestionnaire de portefeuille Placements AGF Inc.

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