Armin Zinser
Société de Gestion Prévoir

Le point des gérants | 9 JUIN 2017 | Editorial

Cop 21 vs Capitalisme

Face au retrait des Etats-Unis de la Cop 21 et de l’accord de Paris sur le climat, les marchés ont à peine frémi — d’ailleurs, leur réaction a été plutôt positive avec l’anticipation d’une reprise de la croissance. Les bourses ont donc profité de nouvelles plutôt positives malgré la fureur des hommes qui a électrisé l’atmosphère d’ions négatifs (si l’on pouvait stocker cette énergie, on en viendrait presque à régler le problème énergétique !)

Sous un angle plus pragmatique, cette décision de Donald Trump revêt avant tout un caractère populiste et s’adresse à son électorat, sans entraîner de réelles conséquences sur le plan économique. Il semble évident que la réduction des gaz à effet de serre est devenue un enjeu qui s’entretient par lui-même et nourrit déjà une économie gigantesque. Ainsi, l’industrie des énergies renouvelables — en particulier l’éolien et le solaire — ne disparaitra pas sous le coup d’une simple décision politique. Bien au contraire, les sociétés continueront à prospérer sur ce thème et la politique qui a échoué au plan national se poursuivra à un niveau régional.

Efficience des marchés

A première vue irrationnelle, la décision de Donald Trump recèle deux motivations.

La première est de nature politique. Il s’agit là d’une décision prise à l’échelle nationale pour satisfaire ses électeurs. Depuis son accession au pouvoir, la liste de ses chèques en bois est déjà longue et cette promesse électorale est facile à tenir car elle ne peut être bloquée ni par un tribunal, ni par le Sénat.

La deuxième motivation tient au caractère même des Américains qui considèrent que c’est l’efficience du marché qui permet de faire émerger la meilleure solution. Selon eux, plus un gouvernement se substitue aux entrepreneurs, plus grande est sa capacité à détruire de la valeur. Toutefois, si l’Etat doit intervenir, c’est bien dans le secteur de la recherche et du développement. Il est donc parfaitement logique de subventionner l’activité de R&D, notamment dans les universités, pour anticiper et développer les technologies du futur. En revanche, le lancement et la commercialisation doivent rester impérativement le fait des entrepreneurs. Ainsi, l’Etat n’a pas sa place sur le marché, telle est la philosophie des Américains.

Interventionnisme étatique

A l’opposé de cette posture économique, l’Europe prône l’interventionnisme étatique. Nous investissons fortement dans les secteurs des énergies renouvelables grâce ou à cause des crédits d’impôts et autres subventions, et pour cette même raison, nous ne réussissons pas à vendre nos produits à un prix compétitif. En un mot, nous sommes déconnectés de la réalité financière.

Citons un exemple récent dans l’industrie solaire : tandis que le fabricant de panneaux photovoltaïques SolarWorld en Allemagne vient de déposer son bilan, le leader mondial des cellules photovoltaïques First Solar est domicilié aux Etats-Unis et se porte bien. Autre exemple, historique et pas moins révélateur : l’automobile a été inventée en Allemagne mais c’est un certain Henry Ford qui en a fait une réussite avec sa production en masse. Certes, nous avons depuis rattrapé notre retard, mais le même scénario se répétera-t-il avec la production de voitures électriques ? Pour l’instant, Tesla est loin devant Volkswagen ou Peugeot.

Le dernier mot revient au consommateur

Ces exemples mettent en lumière l’importance des marchés aux Etats-Unis. Les innovations et le progrès technique sont toujours le fait des entrepreneurs — car cela est leur métier — et non celui d’un coup de baguette magique politique, même animé des meilleures intentions.

L’accord sur le climat de Paris va malheureusement forcer beaucoup de nations à intervenir sur leur marché afin de réduire les gaz à effet de serre et de sauvegarder l’environnement. Les investissements qui vont en découler ne seront pas le fait d’une nouvelle technologie mais d’une contrainte politique assortie de taxes et de pénalités.

Cette attitude traduit notre incapacité à croire à l’efficience du marché. Pourtant, le consommateur n’est-il pas le roi dans un système capitalistique ? Et s’il voit son intérêt dans un concept, il y adhérera naturellement. Ainsi, je suis convaincu que l’accord de Paris se réalisera, non pas du fait de la politique, mais grâce à la maturité des consommateurs.

Armin Zinser
Le 9 juin 2017
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