David Dehache
Société de Gestion Prévoir

Le point des gérants | 5 Mai 2017 | Editorial

Aéronautique, espace, IA… La Chine avance ses pions.

En ce début de mai 2017, alors que les marchés et les médias ont les yeux rivés sur le résultat des élections françaises, un évènement est passé quasiment inaperçu.
Après dix ans de développement et de nombreux retards, les autorités chinoises ont annoncé le vol inaugural(1) du C919 début mai. Cet appareil, construit par l’entreprise étatique Comac(2) et pouvant transporter environ 170 passagers, serait ainsi le premier avion de ligne chinois à venir se positionner sur le segment des Airbus A320 et Boeing 737. Il viendrait donc briser le vieux duopole entre Boeing et Airbus sur le segment des monocouloirs, aventure que n’avaient tenté ni le brésilien Embraer ni le canadien Bombardier, ces derniers étant restés sur des avions régionaux de taille plus petite.

Premier avion de ligne chinois

Par cette opération, la Chine fait coup double. D’abord, elle montre qu’elle continue de rattraper son retard technologique, même si l’avion fait appel à de nombreux fournisseurs étrangers dont Safran pour les réacteurs, Zodiac pour les toboggans d’évacuation et General Electric pour l’avionique. Ensuite, elle va disposer d’une solution nationale pour répondre au besoin colossal en monocouloirs engendré par la croissance du trafic aérien chinois. Ainsi, selon les estimations en Chine, les compagnies aériennes locales devraient acheter entre 6000 et 7000 avions sur les vingt prochaines années.
Dans ce contexte, pas étonnant que Comac ait déjà reçu 570 commandes de compagnies chinoises et asiatiques avant même la certification de l’appareil ni même le vol inaugural. En termes d’objectifs, le constructeur chinois a annoncé qu’il visait un rythme de production de 150 appareils par an d’ici 2020 et ciblait une part de marché de 33% sur le marché chinois d’ici 2035.

Vers une future station orbitale

Autre évènement passé inaperçu, le 20 avril dernier, la Chine a lancé Tianzhou, son premier vaisseau spatial automatique conçu comme un drone. Ce dernier a permis de transporter environ 6,5 tonnes de fret vers Tiagong-2, le mini-laboratoire spatial habité chinois. Parmi le fret figurent 2 tonnes d’ergol, un combustible, ce qui nécessite une précision de l’ordre du millimètre pour l’arrimage des tuyaux. La réussite de ce ravitaillement marque une étape clé dans la réalisation de la future station spatiale chinoise qui devrait voir le jour vers 2022 et qui aura besoin en permanence de vaisseaux cargo pour l’alimenter.
Avec cette opération, la Chine rejoindra la Russie et les Etats-Unis, les deux grandes puissances qui maîtrisent les techniques de ravitaillement dans l’espace.

Le défi de l’intelligence artificielle

Les ambitions chinoises ne se limitent pas au secteur aéronautique ou spatial. Début 2016, Google avait défrayé la chronique avec un programme d’intelligence artificielle, AlphaGo, qui avait battu Lee Sedol, un des meilleurs joueurs au monde de Go par 4 victoires contre une défaite. Google avait continué sur sa lancée, avec une série de 60 victoires pour AlphaGo contre aucune défaite face à une série de professionnels sélectionnés parmi les meilleurs mondiaux.
La victoire de l’intelligence artificielle sur l’homme devenant de fait quasi-actée, il fut alors décidé de créer un championnat du monde de Go réservé aux seuls acteurs de l’intelligence artificielle. Ce championnat s’est tenu en mars 2017 à Tokyo et fut gagné, à l’issue de 11 victoires consécutives, par FineArt, une émanation du laboratoire de recherche du chinois Tencent. Cette victoire est d’autant plus impressionnante que le programme d’intelligence artificielle de Tencent n’a été créé que par une équipe de 13 chercheurs, le tout en moins d’un an !
La Chine accélère donc son rattrapage technologique sur les autres grandes puissances. Le consommateur en est un des principaux bénéficiaires, Tencent ayant par exemple indiqué que les technologies d’intelligence artificielle développées récemment sont désormais déployées au sein des différentes plateformes du réseau social dont WeChat. L’autre gagnant sera sans doute la bourse, la productivité engendrée par le progrès technologique étant souvent un moteur de performance.

David Dehache
Le 5 mai 2017

(1) Le vol inaugural a eu le lieu le 5 mai et a duré un peu plus d’une heure.
(2) Commercial Aircraft Corporation of China.

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