Guillaume Nicoulaud
DTAM

Le point des gérants | 10 avril 2017 | Editorial

Le piège de la judiciarisation

Il semble que BNP Paribas Personal Finance, une filiale de BNP Paribas spécialisée dans les prêts à destination des particuliers, connaissent ces jours-ci quelques ennuis judiciaires.

En cause, un type de crédit immobilier bien spécifique au travers duquel la banque proposait à ses clients, entre 2008 et 2009, d’emprunter des francs suisses et de rembourser en euro. Le but de la manœuvre, évidemment, c’était de profiter des taux plus bas en Suisse. Le risque — parce qu’il y en a toujours un — c’était une hausse du cours du franc suisse par rapport à l’euro qui, pour des emprunteurs dont les revenus sont en euros, se traduirait mécaniquement par une augmentation de la valeur de leur dette.

Le risque, l’essence du pari

Il faut dire ici qu’au moment où BNP Paribas Personal Finance commercialise ce produit, le pari semble tout à fait raisonnable. Avec, d’une part, la Banque Nationale Suisse qui est un modèle historique de gestion rigoureuse et, d’autre part, la Banque Centrale Européenne qui semblait fermement décidée à suivre cet exemple, parier sur une stabilité de la parité de ces deux devises semblait une stratégie raisonnable. Sauf que c’était sans compter sans la crise ; laquelle a provoqué une envolée du franc suisse que la BNS a bien tenté d’enrayer pendant près de 4 ans… avant de jeter l’éponge le 15 janvier 2015.
Et là, naturellement, pour celles et ceux qui avaient contracté les crédits de BNP Paribas, c’est la catastrophe : « À titre d’exemple, relaient LesEchos.fr, un consommateur ayant emprunté 204 000 euros en 2009 doit aujourd’hui près de 270 000 euros alors qu’il en rembourse chaque mois environ 1 300. » Je l’ai dit plus haut et je ne cesse de le répéter : il n’existe rien de tel qu’un free lunch. Que vous soyez placeur ou emprunteur, vous ne gagnerez pas d’argent sur les marchés financiers sans prendre de risques et le fait que vous n’ayez pas identifié les risques ne signifie en aucun cas qu’ils n’existent pas.

Une réglementation qui déresponsabilise…

Et c’est bien ce qui est reproché à BNP Paribas : de ne pas avoir alerté — ou du moins pas suffisamment — ses clients des risques qu’ils prenaient. C’est une des dispositions clés de la règlementation (MiFID) : toute institution financière à un devoir de conseil et ce, d’autant plus quand ses clients sont des particuliers.
Or, il se trouve que moi aussi je suis un particulier. Sitôt sorti de mon bureau, redevenu un honnête citoyen comme vous, je suis au regard de nos lois un simple particulier et donc, présumé parfaitement incompétent sur à peu près tous les sujets et matières économiques en financières en particulier. Or, et sans préjuger de mes compétences personnelles, je crois maîtriser un peu mieux ce sujet que ma conseillère bancaire — qui est au demeurant très professionnelle ; ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.
Mais, me direz-vous, la règlementation impose aux banques d’évaluer les compétences de leurs clients afin, justement, d’identifier ceux qui sont en mesure d’intervenir sur des instruments complexes et ceux qui le sont pas. C’est juste, j’ai moi-même été soumis à un questionnaire de ce type — comme vous sans doute — et j’ai fait comme l’écrasante majorité des professionnels des marchés financiers : je me suis déclaré le plus incompétent possible.

Et profite aux moins honnêtes ?

Pourquoi ? Et bien c’est très simple : ça me donne la possibilité de faire des paris risqués tout en me gardant la possibilité de me retourner contre la banque si d’aventure les vents devaient m’être défavorables. C’est aussi simple que ça. Ça n’est pas très élégant, certes, et je n’ai d’ailleurs jamais utilisé cette possibilité. Mais pourquoi diable voulez-vous que je fasse un tel cadeau à ma banque ?
Entendez-moi bien : je n’accuse les clients de BNP Paribas de rien et il est tout à fait possible que la banque soit effectivement en faute. Ce que je dis, et ceux de nos élus qui ont coulé sciemment les comptes de leurs communes m’en sont témoins, c’est que nos règlementations actuelles, non contentes de déresponsabiliser les clients, sont en train de judiciariser à l’excès toute l’industrie financière. C’est une très mauvaise chose.
L’excès de règlementation ne profite à personne, si ce n’est aux plus malins et aux moins honnêtes d’entre nous.

Guillaume Nicoulaud
Le 10 avril 2017

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