David Dehache
Société de Gestion Prévoir

Le point des gérants | 6 mars 2017 | Editorial

Rencontres au pays du soleil levant

Le Japon est un pays visionnaire qui a toujours été très porté sur l’innovation.

Dès les années 80, Sony avait compris l’intérêt d’utiliser des gaz ultra-purs pour la fabrication de ses puces électroniques. A la fin des années 50, le pays a été le premier à utiliser des voies réservées — dotées d’un écartement plus large que les lignes traditionnelles — pour des lignes à grande vitesse. C’est ainsi que le Shinkansen sera inauguré en 1964, neuf jours avant la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Tokyo (son record de vitesse de 240km/h ne sera battu par le TGV qu’en 1981). La prouesse technologique ne s’arrêtera pas là. Les JO de 1964 feront l’objet de la première diffusion en couleur et par satellite mondovision, permettant à 800 millions de téléspectateurs de suivre en direct l’évènement (auparavant la courbure de la terre empêchait une retransmission en simultanée entre différents continents).

La grande migration vers les robots

Maintenant, pour promouvoir les prochains jeux olympiques de 2020 à Tokyo, le premier ministre Shinzo Abe n’a pas hésité à endosser l’habit de Super Mario, le personnage de Nintendo. Le Japon a toujours été très innovant sur le segment des jeux vidéo. En témoigne la longue liste des consoles et jeux issus des entreprises japonaises : PlayStation, Game Boy, Nintendo DS, Pac-Man, Dragon Ball, Final Fantasy, Donkey Kong, Legend of Zelda, etc. Les entreprises du secteur aiment aussi combiner jeux et personnages de manga comme Hello Kitty, les Pokémons et plus récemment Yo-kai Watch. Désormais, outre les jeux pour smartphone, les axes de développement sont la réalité augmentée (comme dans Pokémon Go) et, prochainement, la réalité virtuelle qui simule la présence physique du joueur dans un environnement artificiel généré par des logiciels.
Les robots représentent l’autre axe de développement du pays qui est certainement l’un des plus innovants au monde en la matière. Migrer vers une entreprise sans ouvriers n’est plus un tabou au pays du soleil levant pourtant reconnu pour son système d’emploi à vie. Les entrepôts et centres de distribution sont parmi les premiers à entrer dans cette nouvelle révolution industrielle. A ce stade, tout le monde y gagne car les entreprises sont plus rentables et les clients n’ont plus à s’occuper de retirer en magasin les objets volumineux ni même du transport à leur domicile. Quant aux employés des centres de logistique, ils se chargent désormais de la livraison finale chez le client et du montage de meubles. La migration croissante vers les robots n’a pas d’effet sur le taux de chômage qui est désormais de 3%, ce qui correspond à un plus bas de 20 ans et à la moitié du taux observé en Allemagne.

Un voisinage préoccupant

Pour autant, tout n’est pas rose au pays des samouraïs. D’abord, la population vieillit et a même perdu 1 million d’habitants sur les cinq dernières années pour s’établir à 127 millions. Cela crée une situation difficile pour de nombreuses entreprises de biens de consommation qui doivent lutter dans un contexte de volumes stables ou en baisse, auquel s’ajoute le climat de déflation depuis le début des années 90.
Un autre souci vient de ses voisins. Il n’a échappé à personne que la Corée du Nord vient de tirer quatre missiles balistiques dont trois se sont abimés dans la zone économique exclusive du Japon, à environ 300 km des côtes. Et la Chine n’est pas moins turbulente avec, en particulier, le conflit généré autour des iles Senkaku situées au Nord de Taïwan. Ces risques, liés à la souveraineté, sont d’autant plus préoccupants que le Japon a dû renoncer, après sa défaite, à son armée et à la marine impériale. Certes, le pays dispose d’une force d’autodéfense mais, en vertu du traité de sécurité avec les Etats-Unis, ce sont ces derniers qui assurent la protection de l’archipel. Il n’est donc pas anodin que D. Trump et S. Abe, lors de leur rencontre début février, aient co-signé un avenant au traité stipulant que les Senkaku font partie du périmètre où la protection des Etats-Unis s’applique.
En conclusion, avec une cote boursière quasiment aussi large que l’Europe, le Japon présente de nombreuses opportunités. Cependant, ces dernières sont difficiles d’accès car, en particulier, les présidents et responsables des relations investisseurs parlent rarement l’anglais. Cela exige de recourir à un traducteur pour les meetings (ce qui fut le cas dans environ 75% des meetings sociétés effectués). C’est sans doute aussi ce qui explique, en termes boursiers, la décorrelation plus grande du pays du reste du monde.

David Dehache
6 mars 2017

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