Armin Zinser
Société de Gestion Prévoir

Le point des gérants | 9 mars 2017 | Editorial

Au milieu du gué

Portée par une bonne performance, ou pour ne pas le nommer le Trump Rally, la bourse américaine, depuis novembre, caracole en tête des hausses, aspirant timidement avec elle les indices européens.
Pas de doute, les valeurs européennes (au moins les larges capitalisations) sont à la traîne des grandes valeurs américaines. Cet écart de performance s’explique par le climat de renouveau chez nos voisins outre-Atlantique tandis que l’Europe est confrontée à différents risques politiques (élections aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et très probablement en Italie) ainsi qu’à une résurgence de l’affaire de la dette grecque. Bref, l’avenir de l’Europe semble susciter de nombreuses inquiétudes qui impactent à court terme les cours des valeurs européennes. Cela dit, les risques politiques sont souvent surévalués et, au moment où les investisseurs réaliseront que l’Europe ne disparaîtra pas dans un trou noir, les marchés flamberont.

La carte de la sécurité

Les soucis concernant les valeurs européennes, y compris les meilleures, sont souvent infondés. La KfW (institution de crédit pour la reconstruction en Allemagne) a révisé à la hausse son pronostic de croissance de 1,3 % à 1,4 % en Allemagne et la conjoncture semble s’être améliorée dans les autres pays de la zone euro. Toutefois, tactiquement parlant, il est possible de jouer la carte de la sécurité en surpondérant l’Allemagne, même si le DAX est déjà à 4 % au-dessus de son niveau le plus haut (12.391 points) alors que le CAC est en retard de 39,1 % par rapport à son précédent sommet. Dans le cas de la Grèce, l’indice Athex est en retard de 885 % par rapport à son plus haut. Enfin, le FTSE MIB Italien doit doubler avant de retrouver son ancien sommet.
Maintenant, regardons derrière nous. Entre 2000 et 2009, il pouvait être difficile de réaliser de la performance en bourse. Une génération d’investisseurs a ainsi perdu sa fortune et définitivement tourné le dos à la bourse. Pourtant, tout est une question d’horizon d’investissement et de sang-froid — sachant que la volatilité des marchés des big caps (actions majeures) est inférieure à la volatilité des emprunts d’Etat supérieurs à 10 ans.

Des actions américaines trop chères

Depuis le printemps 2009, l’Eurostoxx a progressé de 160 %, soit une performance annualisée de 12,8 %. Cette dernière est élevée, ce qui explique le retour des Cassandre pensant que tout est fini maintenant. A ces dernières, rappelons que la bourse a progressé beaucoup plus encore entre 1990 et 2000. En d’autres termes, la hausse constante depuis 2009, émaillée de pauses ici et là, n’est nullement terminée.
Naturellement, les partisans Bearish ne manquent pas d’arguments. Ainsi, la situation économique aux Etats-Unis reste fragile et l’effet Trump pourrait n’être qu’un feu de paille. A cela s’ajoute le scénario de la hausse des taux de la FED, mais cette hausse est plutôt le signe d’une normalisation de la situation et il est fort probable qu’aujourd’hui les marchés aient déjà apprécié l’action de la FED. Les actions américaines sont chères, objectivement parlant. Et cela est vrai depuis près de 3 ans. Il faut se rappeler que les marchés ne s’arrêtent jamais à un « juste » prix. L’investisseur qui croit que les actions sont trop chères a déjà loupé 30 % de performance. En tout état de cause, il faut toujours prévoir une durée d’investissement d’au moins 5 ans afin d’effacer la volatilité à court terme. Maintenant, les élections en France. Bien sûr, elles posent un vrai problème à court terme. Une victoire de l’extrême droite (ou de la gauche radicale) pourrait avoir un effet négatif sur les marchés. Mais les risques politiques sont systématiquement surestimés par les acteurs en bourse et, en général, ils ne perdurent guère une fois l’événement passé, comme en témoignent le Brexit, le référendum italien ou l’élection de Donald Trump. Last but not least, le risque d’un ralentissement de la croissance mondiale, lié à la Chine, est toujours présent. Enfin, un dollar trop fort pénaliserait les pays (émergents) endettés en USD qui pourraient ne plus pouvoir honorer leurs dettes. Un scénario possible, mais peu probable pour l’instant.

Liquidité cherche bon rendement

De leur côté, les partisans Bullish ne manquent pas d’arguments en faveur d’une bourse haussière (autres que ceux déjà évoqués ci-dessus). Rappelons qu’un investisseur achète des actions car il pense obtenir à long terme le meilleur rendement sur son investissement et il bénéficie indirectement d’une protection contre l’inflation. A l’évidence, les actions européennes sont depuis trop longtemps à la traine par rapport aux actions d’autres marchés, notamment américains. Par ailleurs, la profitabilité des sociétés augmente timidement, pour ainsi dire trimestre après trimestre. Enfin, pendant toute la période des différentes élections, qui va durer jusqu’à la mi-septembre en Allemagne, il est peu probable que la Banque centrale européenne augmente ses taux d’intérêt. Les marchés vont donc continuer d’être alimentés par un flux important de liquidité et chercheront désespérément un bon placement, voire si possible un bon rendement.
Bref, nous sommes probablement au milieu du gué concernant l’amélioration des économies européennes, et pourquoi pas américaine (avec la baisse importante de l’impôt sur les sociétés). Et personne ne semble s’en rendre compte ! Les actions européennes et, à un moindre degré américaines, pourraient enfin en profiter substantiellement.

Armin Zinser
Le 9 mars 2017
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