Guillaume Nicoulaud
DTAM

Le point des gérants | 2 mars 2017 | Editorial

Abandonner l’euro, mais pour faire quoi ?

La vraie question n’est pas de savoir s’il faut ou non abandonner l’euro, mais plutôt par quoi nous entendons le remplacer, dans l’hypothèse d’une sortie.

Si le plan consiste, comme le veut le Front National, à revenir aux errements monétaires de la IVème République — la planche à billet et dévaluations successives — alors il vaut mieux, et de loin, garder l’euro. C’est, de mon point de vue, la principale vertu de cette monnaie unique : elle prive nos gouvernements de l’usage de l’arme fiscale absolue et les oblige à légiférer de façon relativement transparente pour nous imposer. Si, en revanche, la réintroduction du franc se fait dans l’esprit gaullien des années 1960 — un franc stable, géré rigoureusement et un véritable plan de réforme de notre économie et de nos finances publiques — alors, le débat est tout à fait différent. Les unions monétaires sans union politique ne tiennent jamais bien longtemps et nous avons tous pu constater la valeur des promesses faites il y a 20 ans [1] : quitter le navire avant qu’il sombre n’est pas une mauvaise idée.

Un spectre à deux visages

Et c’est là que nous avons un problème. Le spectre des idées politiques disponibles sur le marché se divise grosso modo en deux : d’une part, une majorité de voix qui veulent nous maintenir dans l’Union européenne et la zone euro tout en les accusant de tous nos maux [2] ; d’autre part, une minorité, principalement le FN, qui veut nous en faire sortir dans le but assumé de dévaluer et d’imprimer du franc à tour de bras. C’est-à-dire, pour conclure, que nous fonçons droit dans le mur. Avec la vague de populisme qui menace de nous submerger ces temps-ci, je vois mal comment l’euro pourrait tenir et la seule autre option qu’on nous propose aujourd’hui, c’est la politique du pire, une variante de la révolution bolivarienne sans le pétrole.

Abandonner l’euro, en soit, ça ne veut rien dire : tout le sujet est de savoir ce qu’on fait à la place.

Guillaume Nicoulaud
2 mars 2017

[1] Rappel : afin d’éviter que ce qui est arrivé en Grèce arrive (un passager clandestin), nous nous étions tous engagés à maintenir nos déficits publics en deçà de 3% du PIB. C’était en 1997, vous connaissez la suite.
[2] Je ne cherche pas ici à nier les inconvénients de l’UE et de l’euro : je dis juste qu’ils ont, très souvent, bon dos.

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